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Jan 17

Une fête tonique et énergisante !

Une belle réussite, revigorante !

Samedi 14 janvier, la France Insoumise a donc fait la fête dans le huit-sept. J’en étais. Certes, la météo n’était pas très favorable le matin et l’état des routes guère encourageant… Mais progressivement les rangs de l’assistance se sont enrichis avec une pointe lors de la conférence gesticulée de Julian Augé en début d’après-midi. Plus de 150 personnes sont ainsi passées sur l’ensemble de la journée, qui le matin, qui en début d’après-midi, qui en fin.

Le matin: Table-ronde très stimulante sur le thème: « Comment (re)donner le pouvoir aux citoyens ? »

C’est d’abord de citoyenneté dans l’entreprise qu’il a été question. Nadine Ferrière, syndicaliste, a commencé par cette citation de Jaurès : « La grande Révolution a rendu les Français rois dans la cité et les a laissés serfs dans l’entreprise ». Et d’illustrer à partir de son expérience de conseiller du salarié, à quel point ce constat reste vrai. Le conseiller du salarié accompagne les salariés des petites entreprises (celle de moins de 11 salariés, dépourvues de représentants des salariés) lors des entretiens préalables à licenciement éventuel. Nadine a raconté notamment, comment dans cette ganterie, elle a accompagné un groupe d’ouvrières qui ont appris leur licenciement par la presse avant même toute procédure. La direction ayant ni plus ni moins décidé de délocaliser l’activité en Tchéquie et « jeté » ses salariées de grande expérience, comme des kleenex, non sans leur avoir imposé au préalable de former la nouvelle main d’œuvre tchèque ! Ou encore cette fiche d’évaluation individuelle où l’employeur reconnaît la grande compétence professionnelle de son salarié mais déplore son manque « d’esprit d’entreprise » lui reprochant son trop grand attachement au respect du Code du travail !

Comme en miroir, Rémy Cholat, coopérateur de la SAPO (Société à participation ouvrière) Ambiance Bois, a raconté une tout autre histoire: celle de cette entreprise autogérée installée depuis une trentaine d’années à Faux-la-Montagne. Après avoir présenté les activités de fabrication et vente directe de matériaux en mélèze de pays et d’éco-constuction, il a expliqué comment le statut juridique de SAPO, l’égalité salariale et le tirage au sort du PDG tous les 2 ans changent radicalement la relation de subordination constitutive du contrat de travail, bouleversant ainsi les rapports de pouvoir dans l’entreprise. Ce qui permet d’y travailler réellement autrement. Ainsi, l’entreprise, insérée étroitement dans son milieu local -le milieu de vie de ses propres travailleurs-citoyens- a un solide souci éco-environnemental de son activité et de la qualité de vie du tissu humain local. Quant aux travailleurs, retrouvant l’autonomie sur leur propre temps non seulement de travailleur mais aussi de citoyen, ils peuvent aussi largement reprendre du pouvoir sur leur propre vie. Rémy a ainsi raconté comment le temps partiel peut être vraiment choisi pour permettre des implications multiples et très diverses dans la vie de la cité et/ou même pour co-construire leur propre logement. Et disposer ainsi, sans passer par la banque et la « muselière » que constitue l’emprunt, de maisons et logements de grande qualité environnementale et architecturale,… ayant d’ailleurs in fine une valeur marchande non négligeable ! On est bien loin  ici du monde des crédits subprimes…

Pour ma part j’ai ensuite abordé ce thème à partir de mon expérience d’élue municipale d’opposition du groupe Limoges Terre de Gauche. Comment, dans ces conditions, agir pour redonner du pouvoir aux citoyens ? D’abord ce travail d’élue doit être cadré par le respect du mandat qui nous a été donné par nos électeurs: notre programme. Il y a alors le travail lié aux séances du conseil (les préparer par des réunions publiques ouvertes à tous, produire des explications de vote, faire des compte-rendus, sur ce blog notamment -créé à cet effet-…); il y a aussi le travail d’élue hors des séances: soutenir et aider les expressions et mobilisations citoyennes (cf les actions concernant la piscine de Beaubreuil, le mécénat dit populaire et l’opération « Gardez la monnaie M. le Maire« , etc…); oser dire et parler pour aider d’autres à le faire, par exemple sur le sexisme en politique et ailleurs; avoir une extrême vigilance sur les conditions de passation et d’exécution des gros marchés publics, par exemple celui des fouilles de la place de la République; redonner aussi le pouvoir aux citoyens sur leur histoire avec notamment les initiatives prises en séance pour la réhabilitation des Fusillés pour l’exemple de la guerre de 14-18,…

Puis Danielle Simonnet a rappelé le cadre général de notre programme, lAvenir en commun sur ces questions: redonner le pouvoir au Peuple passe prioritairement par la refondation de nos institutions avec la 6ème République et la convocation d’une Assemblée Constituante. Il s’agit d’en finir avec la monarchie présidentielle et le 49.3. Conformément à la Constitution actuelle, JLM élu soumettra par référendum au Peuple français la proposition de convoquer une Assemblée constituante. Celle-ci travaillera le temps nécessaire (1 an ? 1 an et demi ? deux ans ? ) pour proposer une nouvelle Constitution soumise à l’approbation populaire par référendum. Au terme de cette approbation, le dernier président de la Vème République dégagera. « Ils sont fêlés ces insoumis ! Ils veulent faire élire leur candidat et le dégager ensuite  » explique Danielle. Cette convocation de la Constituante n’empêchera bien sûr pas le travail législatif immédiat de l’assemblée législative élue en juin 2017 sur le programme l’Avenir en commun. « La démarche de notre campagne présidentielle/législative doit être à cette image: une ouverture humaniste, dans la joie et la confiance pour encourager la prise de parole citoyenne » a-t-elle conclu.

Au terme d’un débat malheureusement trop court faute de temps, place aux nourritures terrestres… Les produits de nos paysans locaux (Ferme de la Tournerie et Saveurs fermières) ou faits maison par les militants ont été alors littéralement plébiscités !

L’après-midi : « Urgence sociale: protéger et partager »

On débute par la conférence gesticulée de Julian Augé: « Je sais plus où j’habite ! Ou comment j’ai arrêté de vouloir être propriétaire de ma maison »

« La conférence gesticulée est une prise de parole publique sous la forme d’un spectacle politique militant. […] c’est un acte d’éducation populaire fondé sur l’envie de partager ce qu’on a compris, tel qu’on l’a compris, là où on l’a compris. »

Épatant ! « Faut-il acheter ou être locataire ?  » Avec un humour politique jubilatoire, il nous raconte ses démêlées d’étudiant et de jeune actif avec le logement. « Alors que l’autre disait qu’à 50 ans si on n’a pas de Rolex on a raté sa vie, je voyais qu’à bientôt 30 ans j’avais toujours pas réussi à acheter de maison. Heureusement il me restait le Monopoly … »

Mais au fait, pourquoi cherche-t-on absolument à nous faire acheter nos logements ? Et à quel(s) prix ? Et là tout y passe: la propriété privée, les crédits subprimes (tient comme on les retrouve !) , la démocratie locative, mais aussi l’apprentissage du syndicalisme et du droit au logement…

L’urgence sociale c’est aussi celle des conditions de travail dans les entreprises, de la protection de l’enfance ou de l’accès aux soins. Autant de sujets qu’abordent alors nos témoins citoyens:

Marie-Bernadette Savary est hôtesse de caisse dans la grande distribution. Syndicaliste CGT, déléguée du personnel elle témoigne des conditions de travail difficiles  (et souvent méconnues) dans ce secteur. Les TMS (troubles musculo-squelettiques) qui résultent de la manutention en caisse de tous les produits qui passent sur les tapis, sont très fréquents: « Pour le client, une bouteille ce n’est qu’une bouteille ! Mais en fin de journée pour la caissière ce sont des centaines de kilos manipulés ». Elle revient aussi sur le travail du dimanche: derrière l’affichage du volontariat, il faut bien mesurer qu’en réalité, des pressions et menaces multiples sont exercées sur les salariées pour l’imposer.

Candy Russo rappelle qu’en 2006, selon une enquête de l’Institut National des Études Démographiques (Ined), 40% des SDF âgés de 18 à 24 ans sortent du dispositif de protection de l’enfance. Et se retrouvent ainsi sans toit, sans revenu substantiel puisque le RSA jeune n’est attribué que si le jeune peut justifier de deux ans de travail. Ces jeunes adultes n’ont comme seule aide ponctuelle que quelques euros par mois octroyés par la mairie. Pour certains, les plus chanceux, un contrat peut être passé avec la région. Mais la plupart du temps il n’en est rien. Souvent montrés du doigt, méprisés durant leur enfance, le calvaire se poursuit pour eux à l’âge adulte. Sans compter de jeunes adultes que parfois les parents jettent à la rue pour « qu’ils apprennent la vie ». Comme si être démuni de tout apprenait à vivre ! Pour ces jeunes gens, hommes et femmes, c’est une double peine sans avoir commis aucun crime. NON. Être à la rue, sans revenu substantiel, abandonné de tous, n’apprend pas la vie !

Le docteur Jean-Pierre Frachet, médecin généraliste à Limoges, aborde alors, à partir d’exemples puisés dans sa pratique médicale quotidienne, les difficultés grandissantes d’accès aux soins. On veut nous faire avaler les complémentaires maladies, les mutuelles, comme une avancée sociale. C’était vrai avant guerre, avant la sécurité sociale. Maintenant, c’est une grande hypocrisie afin de mettre au marché une part de la solidarité de la sécu: frais de fonctionnement de 25% contre 6% pour la sécurité sociale, qui elle est solidaire: on y cotise selon ses moyens pour être soigné selon ses besoins. Les complémentaires fonctionnent souvent mal pour les plus pauvres. Il faut supprimer ces complémentaires inégalitaires et tout cotiser à la sécurité sociale; cela permettrait de « boucher » le trou de la Sécu et de rembourser l’optique et le dentaire ! Depuis 10 ans le choix contraire est imposé. Tout comme l’institutionnalisation des dépassements d’honoraires, aussi hypocritement vendus comme un « encadrement » en 2012, et qui accepte jusqu’à 150% de dépassement. Résultat: + 19 % sur les dépassements. Enfin les déserts médicaux fleurissent:12% de généralistes en moins dans les 3 ans à venir ! Et pas de politique globale pour la santé: pas de lutte contre la publicité (malbouffe des enfants) ou les pesticides (agriculture), pas de réelle politique de prévention. On se sert seulement de la médecine comme paravent pour se donner bonne conscience et ne rien faire ! L’état de santé de la population se dégrade, c’est maintenant clair. Et de renvoyer au chapitre 67 du programme « L’avenir en commun ». En conclusion, « c‘est bien de manifester et pétitionner, mais il ne faut pas oublier de voter: là est le véritable pouvoir de changer aussi nos conditions de vie par une autre politique de santé ». C’est cela partager et protéger.

Au terme des débats de la journée, j’ai noté avec une réelle gourmandise que spontanément et sans besoin d’aucun dispositif volontariste, les prises de parole ont été paritaires entre citoyennes et citoyens présents. Décidément les Insoumises prennent toutes leur place dans la France Insoumise  !!!!

Puis place aux concerts…

Moment de découverte proprement magique, et je crois reçu comme tel par tous ceux qui découvrent: la prestation de Pierre-Paul Danzin. Une écoute quasi « religieuse »: ça ne trompe pas. Quelle générosité ! Quel talent ! Un grand artiste à coup sûr…

Si vous ne connaissez pas: courrez  à son prochain concert, procurez-vous ses disques.

Et pour finir cette journée décidément fort réussie: la « rage » du Limoges Bastard Club contre toutes les injustices et « saloperies » de cette société ! Merci à eux et à leur énergie, à leur concert pour les Insoumis que vous pouvez retrouver ici

 

 

 

 

 

 

(4 commentaires)

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  1. anne-marie

    compte-rendu excellent de cette excellente journée !!!
    Bravo pour tous
    anne-marie

  2. Cholat

    La conférence gesticulée est un excellent medium qui démontre que l’on peut aborder les sujets les plus sérieux sans se prendre au sérieux.
    Un medium insoumis !

  3. equilibre

    Bonjour à tous

    A refaire assurément…. pour partager les réflexions et pour ceux qui n’ont pas pu être présent ! Bravo!

  4. Jean-Pierre Frachet

    Quelle ambiance ! Un avant goût de ce qu’est ce nouveau monde qui ne demande qu’à croître dans les fissures de l’ancien, dans les communs. Il faut très vite y prendre toute la place avant que l’effondrement ne laisse plus de chance à personne.

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