« Je voudrais, moi aussi, être libre et heureuse… »

Il me semble opportun de publier cette lettre d’une jeune « migrante », une réfugiée arrivée à Limoges il y a quelques mois, à l’âge de 20 ans, déboutée du droit d’asile…

unknownPour celles et ceux qui ne comprennent pas ce qu’est la douleur de l’exil, le Maire de Limoges par exemple ! Merci à celui qui m’a transmis cette lettre et à la jeune fille qui l’a écrite, de m’autoriser à la publier.

« Arrive un moment où toute ta vie bascule et tu dois tout recommencer à zéro. Imaginez. Du jour au lendemain, vous devez tout abandonner: famille, amis, amour, maison où vous avez grandi, pour partir. Par obligation. Et vous devez laisser derrière vous un lieu où vous avez tout vécu pour refaire votre vie. Encore aujourd’hui, c’est difficile.

Vous arrivez dans un autre pays, dans une autre ville. Là, vous découvrez des personnes que vous ne connaissez pas, que vous ne comprenez pas, une autre langue, d’autres coutumes… Par une nuit froide d’automne, on se retrouve ainsi au milieu d’une ville, parmi des gens heureux, d’un bonheur qui ne nous concerne pas. Dans cette ville, je vois des parents avec leurs enfants, des amis et des copains réunis, souriants… Des sourires qui me manquent tellement ! Les jours passent un à un. La peur nous étreint.

Tous les matins nous restons devant la préfecture ou devant l’OFFI pour «chercher une solution»: nous couchons tous les soirs dans des lieux improbables. La nuit, nous dormons très peu, tellement nous avons peur… de la nuit. A l’aube, nos jambes refusent de nous porter: manque de nourriture, manque de sommeil, manque de moral. Parfois mon cœur est fatigué. Lasse aussi, je rêve: « Si nous n’avions pas du quitter le pays, je serais dans mon lit, dans ma maison, au milieu des miens ». J’ouvre les yeux. Je me sens si seule, même si tout près de moi, il y a mon frère, il y a mon père, il y a ma mère. Et les jours passent, aussi tristes les uns que les autres. Nous errons d’un lieu à l’autre, d’un point à l’autre de la ville à la recherche d’un hébergement qui ne vient toujours pas.

Vingt ans de travail, de préoccupations et de sacrifices pour mes parents et tout s’effondre brutalement pour pouvoir protéger nos vies.

Maintenant, nous ne pouvons plus penser notre avenir. Il a sombré. Comme le Titanic qui a englouti de nombreuses vies, il a englouti aussi la nôtre.

Ce fut aussi difficile quand l’école commença: personne à côté de moi, pas d’amis. J’étais seule et effrayée. La cour de l’école était toujours pleine de jeunes qui parlaient ensemble, qui chantaient, qui souriaient, qui discutaient entre eux. Et je pensais: « Les autres sont ensemble. Et toi, tu arrives seule, tu restes seule, tu repars seule ».

Un jour, peut-être, tout cela finira. Mais quand ?

On reçut un appel de mon pays nous annonçant le décès d’un proche: mon cher grand-père. Mais que peut-on faire quand on n’a aucun droit ? La maison se remplit de noir. Nous étions tous en deuil, tous en pleurs. Anéantis. Mon Dieu ! Deux ans de galère… Est-ce que je mérite tant de chagrin ! Et depuis, je tremble à chaque nouvelle sonnerie du portable.

Mon stylo, mon papier… ma vie n’est pas finie.
Je dois juste dire que je voudrais, moi aussi, être libre et heureuse comme quiconque en ce monde »

(1 commentaire)

    • 86cives228 on 5 avril 2018 at 15 h 44 min
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    Que doit-on retenir du projet de loi « Asile et immigration » actuellement en discussion en commission au Parlement ?Un ensemble de dispositions administratives(raccourcissement du délai de recours et suppression de son caractère suspensif)multiplient les difficultés d’accès au droit d’asile.Il s’agit clairement de multiplier les déboutés du droit d’asile et de faciliter leur expulsion.Le gouvernement français actuel entend restreindre plus encore le droit d’asile à celles et ceux qui pourraient en être bénéficiaires malgré le droit français (constitution)et international (convention de 1951 et le protocole de 1967 notamment).Selon M.le ministre de l’Intérieur il convient de faire face à ce qu’il appelle une « submersion »,une « invasion ».Rappelons à M.Coullomb que 32 000 personnes ont bénéficié du droit d’asile en France en 2017:il paraît difficile de parler d’ « invasion » dans ces conditions.Pourtant 32 000 bénéficiaires du droit d’asile c’est encore trop,il convient donc de réduire ce chiffre.Dans le même temps le gouvernement français entend faire croire que la France serait un pays appliquant une politique « humaniste et ferme ».C’est une supercherie car tout contredit ce qui est affirmé en boucle.Pour s’en convaincre il suffit de s’intéresser à la récente crise diplomatique franco-italienne (minimisée et tue en France) :la politique française en matière de gestion des flux migratoires est devenue agressive et inhumaine bien loin de la réalité désormais obsolète d’une France terre d’asile.M.Coullomb devra admettre que sa politique ne fait que renforcer la peur du migrant et rend le travail des juges et des avocats plus difficile encore.M.Coullomb c’est le « grand n’importe quoi ».

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